La culture du poivron en Côte d’Ivoire se pratique surtout en maraîchage urbain et périurbain, autour d’Abidjan et de Bouaké, sur de petites parcelles irriguées au puits. À Bouaké, une enquête associant le CNRA a trouvé du poivron chez 34 % des maraîchers interrogés, au quatrième rang des cultures citées. Les repères à retenir : deux saisons des pluies au Sud et au Centre, une saison sèche principale de novembre-décembre à février qui offre la meilleure fenêtre, environ 26 700 plants par hectare selon l’AVRDC et des besoins en eau de 600 à 900 mm selon la FAO. Ce guide adapte notre fiche technique de la culture du poivron au contexte ivoirien.
La culture du poivron en Côte d’Ivoire en résumé
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Zones citées | Abidjan (Port-Bouët, Cocody), Dabou, Bouaké, Korhogo | Wognin et al., 2013 ; Diarra et al., 2018 ; Niamke et al., 2021 |
| Saisons sèches à Bouaké | Juillet-août et novembre à février | Yeo et al., 2022 |
| Saisons sèches au Sud (Anguédédou) | Juillet-août et décembre à février | Fondio et al., 2015 (CNRA) |
| Densité | Environ 26 700 plants/ha | AVRDC |
| Eau | 600 à 900 mm par cycle | FAO |
| Première récolte en vert | 65 à 75 jours après repiquage | UF/IFAS |
| Rendement irrigué | 10 à 15 t/ha | FAO |
Où se pratique la culture du poivron en Côte d’Ivoire
District d’Abidjan. Une enquête auprès de 436 maraîchers de Port-Bouët (village d’Adjahui) et de Cocody (M’pouto, au bord de la lagune Ébrié) cite le poivron parmi les légumes-fruits cultivés, à côté du gombo, de l’aubergine, du piment, de la courgette et du concombre. La plupart des parcelles y font deux à trois cycles par an et sont arrosées à 67 % à partir de céanes, des puits traditionnels. Le marché est à la porte : une étude sur l’agriculture urbaine d’Abidjan rapporte que 40 % de la production maraîchère nationale est destinée au marché abidjanais.
Centre (Bouaké, Gbêkê). L’enquête de 2019-2020 sur 132 maraîchers urbains, périurbains et ruraux place le poivron (34,43 % des producteurs) après la tomate, le gombo et l’aubergine, et devant le piment. La pluviométrie y est d’environ 1 200 mm par an.
Sud et Nord. Une étude sur les résidus de pesticides a prélevé du poivron à Dabou, à l’ouest d’Abidjan, et à Bouaké. À Korhogo, des chercheurs de l’Université Peleforo Gon Coulibaly notent que le poivron doux reste moins consommé que les piments forts et qu’une partie importante pourrit dans le circuit de distribution : un débouché à organiser avant de planter grand.
Calendrier : viser la grande saison sèche
Le Sud et le Centre ont un régime à deux saisons des pluies. À Bouaké, elles vont de mars à juin et de septembre à octobre, avec des saisons sèches en juillet-août et de novembre à février (Yeo et al., 2022). À la station CNRA d’Anguédédou, près d’Abidjan, les pluies tombent de mars à juin et de septembre à novembre, avec une saison sèche de décembre à février et des températures mensuelles moyennes de 27 à 31 °C (Fondio et al., 2015).
Comme le poivron craint à la fois les fortes pluies et la chaleur excessive, la culture du poivron en Côte d’Ivoire réussit le mieux en grande saison sèche :
- Pépinière en fin de petite saison des pluies (septembre-octobre au Centre, octobre-novembre au Sud), sous filet pour protéger des averses et des pucerons. Notre article sur la pépinière sous filet d’ombrage en octobre décrit un montage transposable.
- Repiquage environ 4 semaines plus tard, au stade 4 à 5 vraies feuilles (AVRDC), au début de la saison sèche.
- Récolte en vert 65 à 75 jours après repiquage (UF/IFAS), donc en pleine saison sèche, avec irrigation.
En saison des pluies, la culture reste possible sur planches surélevées ou sous tunnel, mais la pression des maladies est bien plus forte.
Variétés
Nous n’avons pas trouvé d’essai variétal publié sur le poivron doux en Côte d’Ivoire. Le CNRA a en revanche évalué à Anguédédou des lignées de piment introduites du World Vegetable Center : leur sensibilité au flétrissement bactérien variait de 7 % à 85 % de plants flétris 30 jours après repiquage, ce qui montre l’importance de la résistance variétale dans le Sud. Pour le poivron, choisissez parmi les variétés disponibles chez les distributeurs agréés, en privilégiant celles qui affichent des résistances aux virus et au Phytophthora, et faites un petit essai avant d’étendre la surface.
Sol, écartement et fumure
Le poivron demande un sol bien drainé de pH 5,5 à 6,8 (AVRDC). Sur les sols de bas-fonds du Sud, cultivez sur planches surélevées et ne revenez pas sur une parcelle de tomate, d’aubergine ou de piment : ces solanacées partagent le flétrissement bactérien et le Phytophthora.
L’AVRDC plante sur planches de 1,5 m portant deux lignes à 50 cm, avec 50 cm entre plants, soit 26 670 plants par hectare. Sur une petite parcelle abidjanaise de planches d’un mètre, une ligne double à 50 cm sur 50 cm reste un bon repère.
Pour la fumure, l’AVRDC calcule, pour 28 t/ha, 175 kg d’azote, 100 kg de phosphore et 160 kg de potassium par hectare sur un sol sans réserve, à réduire selon l’analyse de sol. Le programme appliqué par le CNRA aux lignées de piment d’Anguédédou donne un repère local de forme : 250 kg/ha de NPK 10-18-18 en fond, puis 100 kg/ha d’urée et 100 kg/ha de sulfate de potassium à 30, 60 et 90 jours après repiquage. À Bouaké, 87 % des maraîchers utilisent du NPK et 75,8 % de l’urée, mais seulement 32,6 % du fumier. Or la matière organique stabilise l’humidité du sol et limite la nécrose apicale. Voir notre guide de l’engrais NPK 15 15 15 par culture.
Irrigation : du puits au goutte à goutte
La FAO estime les besoins du poivron à 600 à 900 mm, avec une période critique du début de la floraison à la première récolte. L’arrosage à l’arrosoir ou au tuyau depuis un puits, courant à Abidjan, mouille le feuillage et donne des apports irréguliers : deux causes directes de maladies et de nécrose apicale, ce manque de calcium dans le jeune fruit que l’UF/IFAS relie d’abord à une irrigation irrégulière. Un petit réseau de goutte à goutte alimenté par une pompe et un réservoir règle ces deux problèmes. Si l’eau vient d’un puits proche de la lagune, faites-la analyser : la FAO situe le début des pertes de rendement du poivron à 1,5 dS/m de salinité.
Poivron sous tunnel autour d’Abidjan
Dans la zone d’Abidjan, chaude et humide, l’abri sert surtout à couper la pluie et une partie du soleil. Il permet de laisser les fruits se colorer en rouge ou en jaune, pour des débouchés plus exigeants. L’UF/IFAS recommande un ombrage d’environ 30 % et une bonne ventilation, car la surchauffe fait avorter les fleurs. Privilégiez un tunnel aux côtés ouvrables, protégé par un filet anti-insectes. Consultez notre guide des serres agricoles en Afrique tropicale.
Maladies, ravageurs et usage des pesticides
Dans le Sud humide, le CNRA a confirmé le flétrissement bactérien (Ralstonia solanacearum) sur Capsicum à Anguédédou, isolé Rhizoctonia solani et des Colletotrichum et Fusarium sur fruits, et observé Phytophthora capsici et la cercosporiose (Cercospora capsici). Des travaux plus anciens de l’ORSTOM citaient déjà Cercospora capsici et Sclerotium rolfsii sur poivron, et l’oïdium (Leveillula taurica) sur piment dans la région de Dabou. Côté ravageurs, l’AVRDC cite pour le poivron les pucerons, vecteurs de virus, les thrips et l’acarien tarsonème.
L’usage des pesticides est le point faible de la culture du poivron en Côte d’Ivoire. À Abidjan, 91 à 95 % des maraîchers enquêtés traitent régulièrement. À Bouaké, les insecticides représentent 56 % des produits utilisés, dominés par la lambda-cyhalothrine, l’acétamipride et la deltaméthrine, et certains producteurs emploient des matières actives non autorisées par le Comité sahélien des pesticides. Une analyse de poivrons de Bouaké et de Dabou a détecté six résidus (chlorothalonil, chlorpyriphos, carbendazime, manèbe, diméthoate, lambda-cyhalothrine), tous en moyenne sous les limites du Codex.
Pour rester dans les normes, en particulier pour les supermarchés et l’export :
- n’utiliser que des produits homologués en Côte d’Ivoire, à la dose de l’étiquette ;
- respecter scrupuleusement le délai avant récolte, car le poivron se récolte chaque semaine ;
- alterner les familles chimiques (pyréthrinoïdes, néonicotinoïdes, etc.) au lieu de répéter le même produit ;
- porter gants, masque et bottes, et ne pas traiter en pleine floraison ;
- privilégier la lutte intégrée : rotation, plants sains sous filet, désherbage, élimination des fruits atteints.
Récolte, marché et rendement
Le poivron vert se récolte quand le fruit a atteint sa taille et sa fermeté, en coupant le pédoncule. Le poivron coloré doit rester plus longtemps sur la plante. La chaleur abidjanaise accélère les pertes : le poivron se conserve à 7 °C et 90 à 95 % d’humidité selon l’USDA, et la maturation et la pourriture molle s’accélèrent au-dessus de 13 °C. Récoltez le matin, à l’ombre, et livrez vite.
La FAO situe le rendement commercial irrigué entre 10 et 15 t/ha, et jusqu’à 20 à 25 t/ha en climat favorable. Nous n’avons pas trouvé de prix du poivron daté et publié par une source officielle ivoirienne : relevez les prix de gros sur vos marchés cibles (marchés de gros d’Abidjan et de Bouaké, grandes surfaces) avant d’estimer la rentabilité. Un tunnel, qui permet de produire aussi en saison des pluies, aide à étaler les ventes sur l’année.
Qui contacter en Côte d’Ivoire
- CNRA : recherche sur les cultures maraîchères, avec des chercheurs à Bouaké et la station d’Anguédédou près d’Abidjan.
- ANADER : conseil agricole de proximité dans toutes les régions. L’étude d’Abidjan rapporte que 95 % des producteurs urbains ne reçoivent aucun appui technique : c’est un levier à saisir.
- LANADA : analyses de résidus de pesticides.
- Universités Félix Houphouët-Boigny, Nangui Abrogoua et Peleforo Gon Coulibaly.
Questions fréquentes
Quand planter le poivron en Côte d’Ivoire ?
De préférence pour récolter en grande saison sèche : pépinière en fin de petite saison des pluies, repiquage environ 4 semaines plus tard, puis récolte 65 à 75 jours après repiquage, avec irrigation.
Où cultive-t-on le poivron en Côte d’Ivoire ?
Surtout en maraîchage urbain et périurbain : Abidjan (Port-Bouët, Cocody), Dabou, Bouaké, et dans une moindre mesure Korhogo.
Quelle densité de plantation pour le poivron ?
Environ 26 670 plants par hectare selon l’AVRDC, en deux lignes à 50 cm sur des planches de 1,5 m, avec 50 cm entre plants.
Quelles sont les maladies du poivron en Côte d’Ivoire ?
Dans le Sud humide, surtout le flétrissement bactérien, le Phytophthora, l’anthracnose et la cercosporiose, auxquels s’ajoutent les viroses transmises par les pucerons.
Quel rendement attendre d’un hectare de poivron ?
De 10 à 15 t/ha en irrigué selon la FAO, et 20 à 25 t/ha en conditions favorables. Le résultat dépend surtout de l’eau, de la fumure et de la maîtrise des maladies.
Le poivron vendu en Côte d’Ivoire contient-il des pesticides ?
Une étude sur des poivrons de Bouaké et de Dabou a détecté six résidus, tous en moyenne sous les limites du Codex. Respecter les doses et les délais avant récolte reste indispensable.
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Sources
- Yeo K. T., Fondio L. et al. (2022). Caractérisation et diversité des systèmes de productions maraîchères au centre (Bouaké) de la Côte d’Ivoire. Journal of Animal & Plant Sciences 52(3). Consulter l’article
- Wognin A. S. et al. (2013). Perception des risques sanitaires dans le maraîchage à Abidjan. Int. J. Biol. Chem. Sci. 7(5). Consulter l’article
- Kouakou K. P.-A. (2017). Analyse de la performance productive de l’agriculture urbaine dans le district d’Abidjan. European Scientific Journal 13(35). Consulter l’article
- Diarra M. et al. (2018). Niveau de contamination du poivron par les pesticides. European Scientific Journal 14(6). Consulter l’article
- Niamke M. A. et al. (2021). Physicochemical properties of sweet pepper cultivated in Korhogo. GSC Advanced Research and Reviews 8(3). Consulter l’article
- Fondio L., N’zi J.-C. et Kobenan K. (2015). Comportement agronomique et sanitaire de nouvelles lignées de piment dans le Sud de la Côte d’Ivoire. Journal of Applied Biosciences 92. Consulter l’article
- Boisson C. et Renard J.-L. Les maladies cryptogamiques des plantes maraîchères en Côte d’Ivoire. ORSTOM, L’Agronomie Tropicale. Consulter l’article
- FAO. Crop Information: Pepper. Consulter la fiche
- Berke T. G. et al. Suggested Cultural Practices for Field Cultivation of Sweet Peppers. AVRDC. Consulter le document
- UF/IFAS. Pepper Production et Production of Greenhouse-Grown Peppers in Florida. Consulter la publication ; consulter le guide serre
- González-Aguilar G. A. Pepper. USDA Agriculture Handbook 66. Consulter le document
Pour aller plus loin
- Fiche technique de la culture du poivron : coefficients culturaux, programme de fumure AVRDC et prévention de la nécrose apicale.
- Agriculture en Côte d’Ivoire : le contexte des filières vivrières et maraîchères du pays.
- Monter une pépinière sous filet d’ombrage en octobre : le même dispositif sert à produire des plants de poivron sains.


