La culture de l’oignon en Côte d’Ivoire reste marginale face à une demande massive : selon l’Interprofession oignon de Côte d’Ivoire (IOCI), citée par l’AIP en février 2026, le pays consomme plus de 250 000 tonnes d’oignon par an, et la production nationale n’en couvre qu’environ 5 %. Les importations ont dépassé 295 000 tonnes en 2022 selon les données Trade Map. Ce guide explique où et comment produire l’oignon bulbe dans les savanes du Nord et au Centre, avec les résultats d’essais menés à Korhogo et les objectifs de la filière.
Les bases agronomiques communes (besoins en eau, coefficients culturaux, maladies) sont détaillées dans notre fiche technique de la culture de l’oignon. Cette page s’attache au contexte ivoirien.
Culture de l’oignon en Côte d’Ivoire : les chiffres clés
| Indicateur | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Consommation nationale | Plus de 250 000 t par an | IOCI, via AIP (février 2026) |
| Part couverte par la production locale | Environ 5 % | IOCI, via AIP (février 2026) |
| Production locale | Environ 9 000 t par an | Données FAO citées par Food Business MEA (2024) |
| Importations | 201 000 t en 2018, plus de 295 000 t en 2022 | Trade Map, via Food Business MEA (2024) |
| Sortie de devises | Plus de 100 milliards de FCFA par an | IOCI, via AIP (février 2026) |
| Objectif de la filière | Couvrir au moins 30 % des besoins d’ici 2030 | IOCI, via AIP (février 2026) |
Les chiffres de consommation varient selon les sources et les années : l’interprofession avançait 120 000 t en 2021 (Fraternité Matin) et plus de 200 000 t dans une autre dépêche de février 2026. Tous convergent sur un point : la Côte d’Ivoire importe la quasi-totalité de son oignon.
Une forte dépendance aux importations
Selon les données Trade Map reprises par Food Business MEA, les Pays-Bas ont fourni en 2022 plus de 172 500 t, soit près de 60 % des volumes importés ; le Niger et le Burkina Faso environ 34 % ; le Maroc et l’Égypte environ 5 %. Le volume importé a progressé d’environ 10 % par an entre 2018 et 2022. Une étude de l’Université Peleforo Gon Coulibaly (UPGC) de Korhogo rappelle, d’après le RONGEAD, qu’en 2013 l’oignon était déjà le troisième produit alimentaire le plus importé du pays, après le riz et le blé.
L’oignon sahélien est très présent sur le marché ivoirien : la Chambre régionale d’agriculture de Tahoua (Niger) cite Abidjan et le Ghana parmi les principales destinations de son oignon d’hivernage, récolté en novembre-décembre. Le producteur ivoirien doit donc raisonner son calendrier de vente en fonction de ces arrivages.
Où cultiver l’oignon en Côte d’Ivoire ?
Les savanes du Nord
Le cœur de la culture de l’oignon en Côte d’Ivoire se trouve autour de Korhogo, Ferkessédougou et Kong, où l’interprofession accompagnait 58 groupements de producteurs en 2021, en saison des pluies comme en saison sèche (Fraternité Matin). À Korhogo, le climat est soudano-guinéen, avec 1 200 à 1 400 mm de pluie par an, une saison des pluies de mai à octobre et une saison sèche de novembre à avril (UPGC). Le sol de la station expérimentale de l’UPGC est un sol rouge sablo-argileux contenant environ 88 % de sable : un sol léger, drainant, favorable au bulbe mais qui retient peu l’eau.
Le Centre et le Centre-Ouest
Les Cahiers Agricultures notaient dès 2003 que la culture de l’oignon s’étendait jusqu’aux zones humides du centre de la Côte d’Ivoire. En février 2026, l’IOCI a présenté à Binzra les résultats de tests de production d’oignon bulbe conduits dans sept villages du département de Zuénoula : Binzra, Kourefla, Béziaka, Paoufla, Gohifla, Zanhouofla et Bouafla (AIP). Selon l’interprofession, le cycle permet de dégager un revenu en quatre mois environ ; une variété originaire du Niger s’y est montrée particulièrement résistante aux maladies, sans que son nom soit précisé.
Calendrier cultural
L’oignon pousse au mieux avec une température moyenne journalière de 15 à 20 °C (FAO). La saison sèche du Nord, de novembre à avril, est donc la période la plus favorable, à condition d’irriguer. Les essais de l’UPGC à Korhogo ont semé la pépinière en janvier et repiqué au bout de 40 jours. En saison des pluies, la culture reste possible, comme le pratiquent certains groupements du Nord, mais elle demande des planches surélevées et une vigilance accrue contre les maladies du feuillage et des racines.
Sous les latitudes ivoiriennes, la durée du jour reste proche de 12 heures toute l’année : seules les variétés « jours courts », adaptées à 11 à 12 heures de jour selon Texas A&M, forment correctement leur bulbe.
Variétés testées à Korhogo
L’UPGC a comparé cinq variétés achetées sur le marché de Korhogo : Bati, Karibou, Cara, Damani (de type Galmi, violet) et Safari. Ses résultats, publiés en 2022 dans le World Journal of Agricultural Research, distinguent trois groupes :
| Groupe | Variétés | Caractéristiques mesurées |
|---|---|---|
| 1 | Bati et Karibou | Germination de 85,65 %, bulbes de 40 g et 4,26 cm de diamètre, rendement de 4,02 kg/m² (soit environ 40 t/ha) |
| 2 | Cara et Damani | Plants les plus hauts (42 cm), bulbes de 4 cm de diamètre |
| 3 | Safari | Caractères intermédiaires |
Les auteurs recommandent Bati et Karibou aux producteurs de Korhogo. Par ailleurs, le Catalogue ouest-africain des espèces et variétés végétales (COAFEV) liste la Côte d’Ivoire parmi les pays où la variété Texas Early Yellow Grano 502 PRR est inscrite ou diffusée : rendement potentiel de 30 à 55 t/ha, tolérance à la pourriture rose des racines, mais conservation médiocre (2 à 3 mois). L’IOCI souligne que les semences restent largement importées : achetez-les chez des distributeurs agréés, en sachets fermés et datés.
Pépinière et repiquage : les repères de l’UPGC
Deux études de l’UPGC fournissent un protocole testé dans les conditions de Korhogo :
- Pépinière au sol : planches d’1 m², 10 sillons espacés d’environ 10 cm, NPK 15-15-15 à 30 g/m² apporté trois jours avant le semis. La dose de semis recommandée est de 4 g/m².
- Pépinière en plateaux alvéolés : plateaux de 72 alvéoles garnis de compost, 3 graines par alvéole. Les plants y ont été les plus hauts (17,3 cm en moyenne), et l’alvéole limite les dégâts des parasites du sol et des adventices.
- Repiquage : après 40 jours de pépinière, à 10 cm sur 10 cm, soit 100 plants par m², sur planches ayant reçu 1 kg de compost par m² trois jours avant.
Damani, Karibou et Safari se sont montrées les plus vigoureuses en pépinière au sol ; Damani et Karibou ont aussi bien réussi en alvéoles. Les auteurs conseillent de trier les plants sur leur hauteur et leur nombre de feuilles. En production, la plupart des fiches ouest-africaines espacent un peu plus les lignes (15 à 20 cm) pour faciliter le sarclage.
Irrigation dans le Nord ivoirien
Malgré 1 200 à 1 400 mm de pluie annuelle, la saison sèche de Korhogo dure six mois : l’oignon de saison sèche doit être entièrement irrigué. Dans l’essai de l’UPGC, chaque planche d’1 m² recevait 15 litres d’eau par jour jusqu’à la formation du bulbe. Sur une parcelle commerciale, mieux vaut piloter les apports sur les besoins réels : la FAO chiffre ceux de l’oignon à 350 à 550 mm sur le cycle et recommande des apports légers tous les 2 à 4 jours, sans jamais laisser le sol se dessécher pendant le grossissement du bulbe.
Sur un sol à 88 % de sable, l’eau s’infiltre vite et entraîne les engrais. Le goutte à goutte limite ces pertes et garde le feuillage sec, ce qui réduit les maladies foliaires. Avant d’équiper vos planches, lisez notre article sur les erreurs qui font échouer les petits périmètres en goutte à goutte.
Fertilisation
La FAO estime les besoins d’une bonne culture d’oignon à 60 à 100 kg d’azote, 25 à 45 kg de phosphore et 45 à 80 kg de potassium par hectare. Les essais de l’UPGC reposent sur du compost et un NPK 15-15-15 au lit de semis, mais ne publient pas de programme d’entretien au champ. À titre de repère régional, le guide nigérien du PRODEX recommande 20 t/ha de matière organique décomposée et 100 kg/ha de 15-15-15 en fond, puis 100 kg/ha de 15-15-15 répartis entre le 40e jour après repiquage et le début de la bulbaison. Sur les sols sableux du Nord, fractionnez davantage et faites analyser le sol. Notre article sur l’engrais NPK 15-15-15 aide à convertir ces doses en sacs.
Ravageurs et maladies selon la saison
- En saison sèche, les thrips (Thrips tabaci) dominent : ils prospèrent par temps chaud et sec et font le plus de dégâts en début de bulbaison (UC IPM). Surveillez l’apparition de taches argentées sur les feuilles et alternez les modes d’action des insecticides homologués.
- En saison des pluies, l’alternariose (Alternaria porri) profite de l’humidité : 8 heures de feuillage mouillé suffisent à l’infection (Pacific Pests & Pathogens). La pourriture rose des racines (Phoma terrestris) est favorisée par les sols chauds (24 à 28 °C) et humides (NMSU).
Prévention : semences saines, rotation de trois ans au moins sans oignon, planches drainantes, irrigation au pied. En cas de traitement, utilisez uniquement des produits homologués en Côte d’Ivoire, à la dose et avec le délai avant récolte de l’étiquette, et portez un équipement de protection.
Récolte, stockage et mise en marché
Récoltez quand la majorité des feuilles sont couchées, aux heures fraîches, puis laissez ressuyer les bulbes au moins 48 heures à l’ombre ventilée avant tri (PRODEX). En climat chaud et humide, le stockage est délicat : l’Université de Californie à Davis indique que les températures entre 5 et 25 °C favorisent la germination, et la moisissure noire (Aspergillus niger) se développe au-dessus de 15 °C. Sans chambre froide, comptez sur un magasin sec, très ventilé, avec les bulbes en couche mince sur claies, et sur des variétés de bonne conservation.
Le marché, lui, est largement ouvert. Les Cahiers Agricultures (2003) décrivaient déjà un marché abidjanais de l’oignon dominé par l’oignon nigérien, avec un chiffre d’affaires annuel proche de 5 milliards de FCFA à l’époque.
Les acteurs de la filière
- Interprofession oignon de Côte d’Ivoire (IOCI) : créée en 2014, elle a finalisé en 2020, à la demande du ministère de l’Agriculture et avec le FIRCA, un plan stratégique de développement visant à promouvoir l’oignon sur tout le territoire (Fraternité Matin). Elle conduit les tests de Zuénoula.
- Université Peleforo Gon Coulibaly de Korhogo : essais de pépinière et de variétés.
- Coopération allemande (GIZ) : appui à l’interprofession, avec un guide technique pour le Nord et l’introduction d’un deuxième cycle de production (Fraternité Matin, 2021).
Nous n’avons pas trouvé de programme public chiffré consacré spécifiquement à l’oignon ; les objectifs publiés sont ceux de l’interprofession. Pour les conseils de terrain, rapprochez-vous des conseillers agricoles de votre zone et de l’IOCI.
La culture de l’oignon en Côte d’Ivoire se joue donc sur trois leviers : la maîtrise de l’eau en saison sèche, la qualité des semences et le stockage. Pour équiper une parcelle d’un forage, d’un pompage solaire et d’un goutte à goutte, demandez un devis à nos équipes. Pour situer l’oignon parmi les autres filières, voir aussi notre dossier agriculture en Côte d’Ivoire.
Questions fréquentes
Peut-on cultiver l’oignon en Côte d’Ivoire ?
Oui. La production est concentrée autour de Korhogo, Ferkessédougou et Kong, et des tests réussis ont été présentés à Zuénoula en février 2026. Elle ne couvre toutefois qu’environ 5 % des besoins du pays.
Quand planter l’oignon dans le Nord de la Côte d’Ivoire ?
De préférence en saison sèche, de novembre à avril, avec irrigation. À Korhogo, les essais de l’UPGC ont semé la pépinière en janvier et repiqué après 40 jours.
Quelle variété d’oignon cultiver en Côte d’Ivoire ?
À Korhogo, l’UPGC recommande Bati et Karibou, qui ont donné environ 4 kg de bulbes par m² en essai. Le COAFEV liste aussi Texas Early Yellow Grano 502 PRR pour le pays.
Combien d’oignon la Côte d’Ivoire importe-t-elle ?
Plus de 295 000 t en 2022 selon Trade Map, dont près de 60 % en provenance des Pays-Bas et environ 34 % du Niger et du Burkina Faso.
Quelle quantité de semences d’oignon par m² en pépinière ?
L’UPGC recommande 4 g de semences par m² pour une pépinière au sol à Korhogo. En plateaux alvéolés, l’essai a semé 3 graines par alvéole.
La culture de l’oignon en Côte d’Ivoire est-elle rentable ?
Le marché est large, car la production locale ne couvre qu’environ 5 % de la demande. Selon l’IOCI, une productrice peut dégager un revenu important en un cycle d’environ quatre mois, à condition de maîtriser l’eau et le stockage.
Sources
- AIP (5 février 2026). Les résultats concluants des tests de production d’oignon à bulbe officiellement présentés à Zuénoula. Lire la dépêche
- AIP (5 février 2026). Des tests de production révèlent le potentiel de la filière oignon à Zuénoula. Lire la dépêche
- Food Business MEA (19 mars 2024). Côte d’Ivoire records boost in onion imports with 10% annual increase. Lire l’article
- Fraternité Matin (19 mars 2021). Filière oignon : la Côte d’Ivoire produit moins de 5 % de sa consommation. Lire l’article
- Fraternité Matin (9 octobre 2020). Filière oignon : les acteurs finalisent le plan stratégique de développement. Lire l’article
- Koffi E.-B. Z. et al. (2022). Agromorphological variability of five onion varieties in Korhogo, northern Côte d’Ivoire. World Journal of Agricultural Research 10(1). Consulter l’article
- Koffi E.-B. Z. et al. (2021). Dose de semis et mode de pépinière de cinq variétés d’oignon en Côte d’Ivoire. European Scientific Journal 17(34). Consulter l’article
- FAO, CEDEAO, UEMOA, CILSS (2008). Catalogue ouest africain des espèces et variétés végétales, variétés d’oignon. Consulter le document
- FAO, Land and Water Division. Crop Information: Onion. Consulter la fiche
- PRODEX, INRAN, DGA, Niger (2012). Guide de bonnes pratiques de production, stockage et conservation de l’oignon. Consulter le guide
- CRA de Tahoua et RECA (2022). Fiche technico-économique pour la culture de l’oignon en hivernage. Consulter la fiche
- Cathala M., Woin N., Essang T. (2003). L’oignon, une production en plein essor en Afrique sahélo-soudanienne. Cahiers Agricultures 12. Consulter l’article
- UC IPM. Onion and Garlic: Thrips. Consulter la fiche
- Pacific Pests & Pathogens. Onion purple blotch. Consulter la fiche
- New Mexico State University. Pink root of onion. Consulter la fiche
- UC Davis Postharvest Center. Onions (Dry). Consulter la fiche
- Texas A&M AgriLife Extension. Onions. Consulter la fiche
Pour aller plus loin
- Fiche technique de la culture de l’oignon : l’itinéraire complet, de la pépinière au stockage.
- Agriculture en Côte d’Ivoire : cacao, anacarde et vivrières en 2026 : le contexte agricole national.
- Goutte à goutte en maraîchage : les erreurs qui font échouer les petits périmètres : utile avant d’irriguer des planches d’oignon en saison sèche.
- Engrais NPK 15 15 15 : dosage par culture et calendrier d’apport : pour bâtir la fumure.


