Publié : 29 octobre 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

La culture du concombre en Côte d’Ivoire est une activité maraîchère à cycle court, pratiquée notamment dans le Sud forestier. À Bonoua, dans le Sud-Est, une étude publiée dans Agronomie Africaine la présente comme la première source de revenus de nombreux ménages. Les repères clés pour le pays : deux variétés dominantes, Poinsett et Tokyo F1 ; une grande saison sèche de décembre à mars dans le Sud ; et des rendements paysans relevés entre 0,71 et 2,27 t/ha à Bonoua, très en dessous du potentiel, surtout à cause des ravageurs et des traitements mal conduits. Les chiffres de ce guide viennent de travaux ivoiriens quand ils existent, sinon de références tropicales citées en fin d’article.

Où pratiquer la culture du concombre en Côte d’Ivoire ?

Le concombre aime la chaleur et redoute l’excès d’humidité sur le feuillage. Le choix de la saison dépend donc de la zone climatique. L’enquête AQUASTAT de la FAO (2005) distingue trois grands ensembles :

Zone Part du territoire Pluviométrie Saisons
Sud, zone guinéenne (Abidjan, Bonoua) Environ 50 % Plus de 1 500 mm Grande saison sèche de décembre à mars, grande saison des pluies de mars à juin, petite saison sèche de juillet à août, petite saison des pluies de septembre à novembre
Centre, zone de transition soudano-guinéenne (Yamoussoukro, Bouaké) Environ 19 % 1 200 à 1 500 mm, irrégulière Grande saison sèche de novembre à février, grande saison des pluies de mars à juin, petite saison sèche de juillet à août, petite saison des pluies de septembre à octobre
Nord, zone soudanienne Environ 31 % 900 à 1 200 mm Une seule saison des pluies

La même source note que le maraîchage est « en pleine expansion dans la zone d’influence des centres urbains », mais que la maîtrise des techniques d’irrigation reste une contrainte majeure pour les producteurs. Elle décrit la zone de transition, où se trouvent Yamoussoukro et Bouaké, comme la plus difficile à cultiver, à cause des sécheresses et des inondations.

Le Sud et la ceinture d’Abidjan

Le Sud concentre la demande urbaine et les producteurs spécialisés. L’étude de Bonoua (Ouali N’Goran et al., 2019) a été conduite par 26,4 °C de moyenne, en petite saison des pluies (août à novembre 2017), sur des parcelles paysannes de 502,5 m². Elle montre qu’il est possible de produire en saison des pluies, à condition de maîtriser les ravageurs. À Abidjan, l’Université Nangui Abrogoua a aussi travaillé sur la fertilisation organique du concombre (Kouakou et al., 2019).

Le Centre : Yamoussoukro et Bouaké

Dans le Centre, la grande saison sèche est un peu plus précoce (novembre à février). C’est la période la plus favorable au concombre irrigué : peu de maladies du feuillage, beaucoup de soleil. L’irrégularité des pluies plaide pour sécuriser l’eau (forage, retenue, pompage solaire) plutôt que de compter sur la saison des pluies.

Calendrier cultural conseillé

Un cycle de concombre dure 3 à 4 mois, la première récolte arrivant environ 6 semaines après le semis (fiche de l’Université d’Abomey-Calavi, Bénin). En pratique :

Variétés de concombre cultivées en Côte d’Ivoire

D’après Kouakou et al. (2019), les deux variétés les plus cultivées en Côte d’Ivoire sont :

Au Bénin voisin, l’Université d’Abomey-Calavi cite aussi Tropicale F1, Kenzo F1 et Sahira F1. Pour la serre, cherchez des variétés parthénocarpiques chez les distributeurs agréés : elles nouent sans pollinisation.

Sol, fumure et engrais

Le concombre veut un sol meuble, bien drainé, riche en matière organique, avec un pH de 5,5 à 6,8 (Université d’Abomey-Calavi). Les sols engorgés des bas-fonds font pourrir les jeunes plants : cultivez sur billons ou planches surélevées.

L’essai de Kouakou et al. (2019), conduit en sacs à l’Université Nangui Abrogoua (Abidjan), a comparé des fientes de poulet, du lisier de porc et un mélange des deux, à 0,25, 0,5 et 0,75 kg par kg de sol, et à un engrais minéral NPK 12-22-22. La plus forte croissance en longueur a été obtenue avec Poinsett et le mélange fientes-lisier, jusqu’à 177 cm en six semaines. Pour un producteur proche d’un élevage avicole ou porcin, ces effluents bien compostés sont une fumure de fond intéressante.

En plein champ, le programme le plus proche du contexte ivoirien reste celui de la fiche béninoise :

Moment Apport
Avant semis 20 t/ha de fumier de volaille ou de compost bien décomposé
2 semaines après semis 100 kg/ha de NPK 15-15-15
4 semaines Environ 400 g de matière organique décomposée par poquet
6 semaines 4 g par poquet d’un mélange urée (25 %) et sulfate de potassium (75 %)

Avec un goutte à goutte, ces apports d’entretien se fractionnent chaque semaine par fertirrigation. Ajustez toujours les doses après analyse de sol.

Semis, densité et palissage

Semez 2 graines par poquet après un bon arrosage, à 80 cm entre lignes et 50 cm sur la ligne, soit 25 000 plants par hectare, ou en lignes jumelées pour environ 26 700 plants par hectare (Université d’Abomey-Calavi). Palissez sur piquets et ficelles : en climat tropical humide, un essai publié par l’Université d’Hawaï a obtenu 63,5 t/ha de fruits commercialisables en palissage contre 39,7 t/ha au sol, et les pourritures de fruits n’ont touché que la culture au sol. Dans le Sud très pluvieux, c’est le premier investissement à faire.

Irrigation

Pendant la grande saison sèche, l’eau doit venir de l’irrigation. La FAO (bulletin n° 56) fixe le coefficient cultural du concombre à 0,6 au démarrage, 1,00 en pleine production (jusqu’à 1,15 sur palissage haut) et 0,75 en fin de cycle. L’arrosage doit être régulier, surtout à la floraison et à la nouaison, et l’aspersion est à éviter à partir de la floraison, car elle fait chuter les fleurs (Université d’Abomey-Calavi).

Le goutte à goutte répond aux deux problèmes ivoiriens : il économise l’eau en saison sèche (environ trois fois moins d’eau apportée qu’en aspersion dans l’essai de Hama et al. au Niger) et garde le feuillage sec en saison humide, ce qui freine le mildiou. Pour un petit périmètre, lisez notre article sur les erreurs qui font échouer les petits périmètres en goutte à goutte.

Ravageurs : les leçons de l’étude de Bonoua

L’étude de Ouali N’Goran et al. (2019) est la référence ivoirienne la plus complète sur les insectes du concombre. Sur cinq parcelles paysannes, les auteurs ont suivi les ravageurs à trois stades :

Les rendements montrent l’enjeu :

Parcelle Rendement Nombre de récoltes
Acétamipride + lambda-cyhalothrine (moyenne de 2 parcelles) 2,27 t/ha 9
Deltaméthrine, dose respectée 2,26 t/ha 9
Deltaméthrine, surdosée 1,67 t/ha 7
Témoin non traité 0,71 t/ha 5

Deux enseignements. D’abord, sans protection, le rendement est divisé par trois. Ensuite, surdoser ne protège pas mieux : la parcelle surdosée a subi un dessèchement des feuilles et produit moins que celle traitée à la bonne dose. Les producteurs suivis utilisaient 11 produits commerciaux, souvent 2 à 3 fois par semaine, sans respecter les doses. L’étude a aussi relevé des fourmis prédatrices (Camponotus, Solenopsis) tout au long du cycle : des traitements excessifs risquent de détruire ces auxiliaires.

La bonne pratique : observer deux fois par semaine, traiter sur seuil avec des produits homologués en Côte d’Ivoire, alterner les familles (pyréthrinoïdes, néonicotinoïdes, neem), respecter les doses et les délais avant récolte, porter un équipement de protection et ramasser les fruits piqués par les mouches pour les enfouir hors du champ (Université d’Abomey-Calavi).

Maladies et pollinisation

En saison des pluies, le mildiou (Pseudoperonospora cubensis) est la principale menace : selon l’OMAFRA (Ontario), 2 heures de feuillage mouillé à 20 °C suffisent pour une infection. L’oïdium, les viroses transmises par pucerons et aleurodes, et les nématodes à galles complètent la liste. Rotation hors cucurbitacées, irrigation au pied, palissage et semences saines sont les premières défenses.

Les variétés Poinsett et Tokyo F1 ont besoin des abeilles. Au Cameroun, un essai à Ngaoundéré a estimé leur contribution à 86,81 % du taux de fructification (Mohamadou et al., 2025). Les services de vulgarisation de Mississippi State et du Kentucky recommandent une ruche par acre, soit environ 2,5 ruches par hectare. Des pulvérisations d’insecticide 2 à 3 fois par semaine, comme à Bonoua, risquent de réduire les visites d’abeilles : traitez en fin de journée, hors butinage.

Récolte et commercialisation

La cueillette commence vers 6 semaines après le semis et revient tous les 2 à 5 jours (Université d’Abomey-Calavi, Penn State) ; à Bonoua, les meilleures parcelles ont été récoltées 9 fois. Cueillez à 15 à 20 cm de long (Penn State), tôt le matin. Le concombre se conserve 10 à 14 jours vers 13 °C et 95 % d’humidité, mais souffre du froid sous 10 °C (Penn State, UF/IFAS).

Pour la culture du concombre en Côte d’Ivoire, nous n’avons pas trouvé de relevés de prix datés et vérifiables sur les marchés. La demande se concentre dans les villes, Abidjan en tête. Pour mieux vendre, échelonnez les semis toutes les deux à trois semaines et visez les périodes où l’offre baisse, en saison des pluies sous abri.

À qui s’adresser en Côte d’Ivoire

Vous lancez la culture du concombre en Côte d’Ivoire avec goutte à goutte, pompage solaire ou serre ? Contactez nos équipes pour un devis.

Questions fréquentes

Quand planter le concombre en Côte d’Ivoire ?

Dans le Sud, semez de fin novembre à janvier pour récolter pendant la grande saison sèche (décembre à mars), avec irrigation. Dans le Centre, semez d’octobre à décembre. En saison des pluies, cultivez sous abri ou renforcez la protection contre le mildiou.

Quelles variétés de concombre sont les plus cultivées en Côte d’Ivoire ?

Poinsett, une variété non hybride, et l’hybride Tokyo F1 sont les deux variétés les plus cultivées selon Kouakou et al. (2019).

Quel est le rendement du concombre en Côte d’Ivoire ?

À Bonoua, les parcelles paysannes ont donné de 0,71 t/ha sans traitement à 2,27 t/ha avec traitement. Avec palissage, irrigation et protection maîtrisées, des essais tropicaux dépassent 60 t/ha.

Quels sont les principaux ravageurs du concombre ?

À Bonoua, la chrysomèle Ootheca mutabilis domine avant la floraison, puis la pyrale Diaphania hyalinata pendant la floraison et la fructification. Pucerons, aleurodes et mouches des fruits complètent la liste.

Quel engrais pour le concombre ?

Une fumure organique de fond d’environ 20 t/ha, comme des fientes de volaille compostées, puis 100 kg/ha de NPK 15-15-15 deux semaines après semis et un apport d’urée et de sulfate de potassium à six semaines.

Combien de temps dure la culture du concombre ?

Comptez 3 à 4 mois : environ 6 semaines jusqu’à la première récolte, puis plusieurs semaines de cueillette tous les 2 à 5 jours.

Sources

Pour aller plus loin

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