La culture du concombre en Côte d’Ivoire est une activité maraîchère à cycle court, pratiquée notamment dans le Sud forestier. À Bonoua, dans le Sud-Est, une étude publiée dans Agronomie Africaine la présente comme la première source de revenus de nombreux ménages. Les repères clés pour le pays : deux variétés dominantes, Poinsett et Tokyo F1 ; une grande saison sèche de décembre à mars dans le Sud ; et des rendements paysans relevés entre 0,71 et 2,27 t/ha à Bonoua, très en dessous du potentiel, surtout à cause des ravageurs et des traitements mal conduits. Les chiffres de ce guide viennent de travaux ivoiriens quand ils existent, sinon de références tropicales citées en fin d’article.
Où pratiquer la culture du concombre en Côte d’Ivoire ?
Le concombre aime la chaleur et redoute l’excès d’humidité sur le feuillage. Le choix de la saison dépend donc de la zone climatique. L’enquête AQUASTAT de la FAO (2005) distingue trois grands ensembles :
| Zone | Part du territoire | Pluviométrie | Saisons |
|---|---|---|---|
| Sud, zone guinéenne (Abidjan, Bonoua) | Environ 50 % | Plus de 1 500 mm | Grande saison sèche de décembre à mars, grande saison des pluies de mars à juin, petite saison sèche de juillet à août, petite saison des pluies de septembre à novembre |
| Centre, zone de transition soudano-guinéenne (Yamoussoukro, Bouaké) | Environ 19 % | 1 200 à 1 500 mm, irrégulière | Grande saison sèche de novembre à février, grande saison des pluies de mars à juin, petite saison sèche de juillet à août, petite saison des pluies de septembre à octobre |
| Nord, zone soudanienne | Environ 31 % | 900 à 1 200 mm | Une seule saison des pluies |
La même source note que le maraîchage est « en pleine expansion dans la zone d’influence des centres urbains », mais que la maîtrise des techniques d’irrigation reste une contrainte majeure pour les producteurs. Elle décrit la zone de transition, où se trouvent Yamoussoukro et Bouaké, comme la plus difficile à cultiver, à cause des sécheresses et des inondations.
Le Sud et la ceinture d’Abidjan
Le Sud concentre la demande urbaine et les producteurs spécialisés. L’étude de Bonoua (Ouali N’Goran et al., 2019) a été conduite par 26,4 °C de moyenne, en petite saison des pluies (août à novembre 2017), sur des parcelles paysannes de 502,5 m². Elle montre qu’il est possible de produire en saison des pluies, à condition de maîtriser les ravageurs. À Abidjan, l’Université Nangui Abrogoua a aussi travaillé sur la fertilisation organique du concombre (Kouakou et al., 2019).
Le Centre : Yamoussoukro et Bouaké
Dans le Centre, la grande saison sèche est un peu plus précoce (novembre à février). C’est la période la plus favorable au concombre irrigué : peu de maladies du feuillage, beaucoup de soleil. L’irrégularité des pluies plaide pour sécuriser l’eau (forage, retenue, pompage solaire) plutôt que de compter sur la saison des pluies.
Calendrier cultural conseillé
Un cycle de concombre dure 3 à 4 mois, la première récolte arrivant environ 6 semaines après le semis (fiche de l’Université d’Abomey-Calavi, Bénin). En pratique :
- Sud : semis de fin novembre à janvier pour récolter en grande saison sèche, avec irrigation. Un second cycle peut viser la petite saison sèche de juillet-août, en semant à partir de mai.
- Centre : semis d’octobre à décembre, pour une récolte en grande saison sèche irriguée.
- Nord : saison sèche irriguée, en évitant les mois les plus chauds pour les semis, car la croissance ralentit au-dessus de 35 °C (Penn State).
- Toutes zones : production en saison des pluies possible sous abri ou avec une protection sanitaire renforcée.
Variétés de concombre cultivées en Côte d’Ivoire
D’après Kouakou et al. (2019), les deux variétés les plus cultivées en Côte d’Ivoire sont :
- Poinsett, une variété non hybride, dépendante des pollinisateurs comme toutes les variétés de plein champ non parthénocarpiques ;
- Tokyo F1, un hybride : à Ziguinchor (Sénégal), il a fleuri vers 30 jours après semis et poussé vite dans un essai de l’Université Assane Seck.
Au Bénin voisin, l’Université d’Abomey-Calavi cite aussi Tropicale F1, Kenzo F1 et Sahira F1. Pour la serre, cherchez des variétés parthénocarpiques chez les distributeurs agréés : elles nouent sans pollinisation.
Sol, fumure et engrais
Le concombre veut un sol meuble, bien drainé, riche en matière organique, avec un pH de 5,5 à 6,8 (Université d’Abomey-Calavi). Les sols engorgés des bas-fonds font pourrir les jeunes plants : cultivez sur billons ou planches surélevées.
L’essai de Kouakou et al. (2019), conduit en sacs à l’Université Nangui Abrogoua (Abidjan), a comparé des fientes de poulet, du lisier de porc et un mélange des deux, à 0,25, 0,5 et 0,75 kg par kg de sol, et à un engrais minéral NPK 12-22-22. La plus forte croissance en longueur a été obtenue avec Poinsett et le mélange fientes-lisier, jusqu’à 177 cm en six semaines. Pour un producteur proche d’un élevage avicole ou porcin, ces effluents bien compostés sont une fumure de fond intéressante.
En plein champ, le programme le plus proche du contexte ivoirien reste celui de la fiche béninoise :
| Moment | Apport |
|---|---|
| Avant semis | 20 t/ha de fumier de volaille ou de compost bien décomposé |
| 2 semaines après semis | 100 kg/ha de NPK 15-15-15 |
| 4 semaines | Environ 400 g de matière organique décomposée par poquet |
| 6 semaines | 4 g par poquet d’un mélange urée (25 %) et sulfate de potassium (75 %) |
Avec un goutte à goutte, ces apports d’entretien se fractionnent chaque semaine par fertirrigation. Ajustez toujours les doses après analyse de sol.
Semis, densité et palissage
Semez 2 graines par poquet après un bon arrosage, à 80 cm entre lignes et 50 cm sur la ligne, soit 25 000 plants par hectare, ou en lignes jumelées pour environ 26 700 plants par hectare (Université d’Abomey-Calavi). Palissez sur piquets et ficelles : en climat tropical humide, un essai publié par l’Université d’Hawaï a obtenu 63,5 t/ha de fruits commercialisables en palissage contre 39,7 t/ha au sol, et les pourritures de fruits n’ont touché que la culture au sol. Dans le Sud très pluvieux, c’est le premier investissement à faire.
Irrigation
Pendant la grande saison sèche, l’eau doit venir de l’irrigation. La FAO (bulletin n° 56) fixe le coefficient cultural du concombre à 0,6 au démarrage, 1,00 en pleine production (jusqu’à 1,15 sur palissage haut) et 0,75 en fin de cycle. L’arrosage doit être régulier, surtout à la floraison et à la nouaison, et l’aspersion est à éviter à partir de la floraison, car elle fait chuter les fleurs (Université d’Abomey-Calavi).
Le goutte à goutte répond aux deux problèmes ivoiriens : il économise l’eau en saison sèche (environ trois fois moins d’eau apportée qu’en aspersion dans l’essai de Hama et al. au Niger) et garde le feuillage sec en saison humide, ce qui freine le mildiou. Pour un petit périmètre, lisez notre article sur les erreurs qui font échouer les petits périmètres en goutte à goutte.
Ravageurs : les leçons de l’étude de Bonoua
L’étude de Ouali N’Goran et al. (2019) est la référence ivoirienne la plus complète sur les insectes du concombre. Sur cinq parcelles paysannes, les auteurs ont suivi les ravageurs à trois stades :
- Avant la floraison : la chrysomèle Ootheca mutabilis domine (15,03 % des insectes récoltés). Dans la parcelle non traitée, 78,63 % des plants étaient attaqués par les défoliateurs, contre 25,13 % sous deltaméthrine et 10,75 % sous acétamipride associé à la lambda-cyhalothrine.
- Floraison et fructification : la pyrale Diaphania hyalinata prend le relais (11,84 % puis 19,00 % des insectes), avec perforation des feuilles et des fruits et chute des fleurs.
- Autres ravageurs : pucerons (Aphis gossypii), aleurodes (Bemisia tabaci), mineuses, punaises, criquets puants (Zonocerus variegatus), Aulacophora foveicollis et mouches des fruits (Bactrocera cucurbitae, B. dorsalis).
Les rendements montrent l’enjeu :
| Parcelle | Rendement | Nombre de récoltes |
|---|---|---|
| Acétamipride + lambda-cyhalothrine (moyenne de 2 parcelles) | 2,27 t/ha | 9 |
| Deltaméthrine, dose respectée | 2,26 t/ha | 9 |
| Deltaméthrine, surdosée | 1,67 t/ha | 7 |
| Témoin non traité | 0,71 t/ha | 5 |
Deux enseignements. D’abord, sans protection, le rendement est divisé par trois. Ensuite, surdoser ne protège pas mieux : la parcelle surdosée a subi un dessèchement des feuilles et produit moins que celle traitée à la bonne dose. Les producteurs suivis utilisaient 11 produits commerciaux, souvent 2 à 3 fois par semaine, sans respecter les doses. L’étude a aussi relevé des fourmis prédatrices (Camponotus, Solenopsis) tout au long du cycle : des traitements excessifs risquent de détruire ces auxiliaires.
La bonne pratique : observer deux fois par semaine, traiter sur seuil avec des produits homologués en Côte d’Ivoire, alterner les familles (pyréthrinoïdes, néonicotinoïdes, neem), respecter les doses et les délais avant récolte, porter un équipement de protection et ramasser les fruits piqués par les mouches pour les enfouir hors du champ (Université d’Abomey-Calavi).
Maladies et pollinisation
En saison des pluies, le mildiou (Pseudoperonospora cubensis) est la principale menace : selon l’OMAFRA (Ontario), 2 heures de feuillage mouillé à 20 °C suffisent pour une infection. L’oïdium, les viroses transmises par pucerons et aleurodes, et les nématodes à galles complètent la liste. Rotation hors cucurbitacées, irrigation au pied, palissage et semences saines sont les premières défenses.
Les variétés Poinsett et Tokyo F1 ont besoin des abeilles. Au Cameroun, un essai à Ngaoundéré a estimé leur contribution à 86,81 % du taux de fructification (Mohamadou et al., 2025). Les services de vulgarisation de Mississippi State et du Kentucky recommandent une ruche par acre, soit environ 2,5 ruches par hectare. Des pulvérisations d’insecticide 2 à 3 fois par semaine, comme à Bonoua, risquent de réduire les visites d’abeilles : traitez en fin de journée, hors butinage.
Récolte et commercialisation
La cueillette commence vers 6 semaines après le semis et revient tous les 2 à 5 jours (Université d’Abomey-Calavi, Penn State) ; à Bonoua, les meilleures parcelles ont été récoltées 9 fois. Cueillez à 15 à 20 cm de long (Penn State), tôt le matin. Le concombre se conserve 10 à 14 jours vers 13 °C et 95 % d’humidité, mais souffre du froid sous 10 °C (Penn State, UF/IFAS).
Pour la culture du concombre en Côte d’Ivoire, nous n’avons pas trouvé de relevés de prix datés et vérifiables sur les marchés. La demande se concentre dans les villes, Abidjan en tête. Pour mieux vendre, échelonnez les semis toutes les deux à trois semaines et visez les périodes où l’offre baisse, en saison des pluies sous abri.
À qui s’adresser en Côte d’Ivoire
- CNRA (Centre national de recherche agronomique) : recherche sur les cultures maraîchères et conseils variétaux.
- ANADER (Agence nationale d’appui au développement rural) : conseil agricole de proximité et formation des producteurs.
- Universités : l’Université Nangui Abrogoua (Abidjan) a publié des essais sur le concombre.
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Questions fréquentes
Quand planter le concombre en Côte d’Ivoire ?
Dans le Sud, semez de fin novembre à janvier pour récolter pendant la grande saison sèche (décembre à mars), avec irrigation. Dans le Centre, semez d’octobre à décembre. En saison des pluies, cultivez sous abri ou renforcez la protection contre le mildiou.
Quelles variétés de concombre sont les plus cultivées en Côte d’Ivoire ?
Poinsett, une variété non hybride, et l’hybride Tokyo F1 sont les deux variétés les plus cultivées selon Kouakou et al. (2019).
Quel est le rendement du concombre en Côte d’Ivoire ?
À Bonoua, les parcelles paysannes ont donné de 0,71 t/ha sans traitement à 2,27 t/ha avec traitement. Avec palissage, irrigation et protection maîtrisées, des essais tropicaux dépassent 60 t/ha.
Quels sont les principaux ravageurs du concombre ?
À Bonoua, la chrysomèle Ootheca mutabilis domine avant la floraison, puis la pyrale Diaphania hyalinata pendant la floraison et la fructification. Pucerons, aleurodes et mouches des fruits complètent la liste.
Quel engrais pour le concombre ?
Une fumure organique de fond d’environ 20 t/ha, comme des fientes de volaille compostées, puis 100 kg/ha de NPK 15-15-15 deux semaines après semis et un apport d’urée et de sulfate de potassium à six semaines.
Combien de temps dure la culture du concombre ?
Comptez 3 à 4 mois : environ 6 semaines jusqu’à la première récolte, puis plusieurs semaines de cueillette tous les 2 à 5 jours.
Sources
- Ouali N’Goran M. S.-W., Kouadio M.-F. N., N’Guettia A. M. C., Yeboué N. L. et Tano Y. (2019). Effets des pratiques phytosanitaires sur l’entomofaune et le rendement du concombre en milieu paysan à Bonoua (Sud-Est de la Côte d’Ivoire). Agronomie Africaine, 31(1). Consulter l’article
- Kouakou K. J. et al. (2019). Effets de deux types de déjections animales sur la croissance en longueur de deux variétés de concombre. Journal of Applied Biosciences, 136. Consulter l’article
- FAO (2005). L’irrigation en Afrique en chiffres – Enquête AQUASTAT, profil Côte d’Ivoire. Consulter le profil
- Lègba E. C. et al. (2018). Fiche technique synthétique pour la production du concombre. Université d’Abomey-Calavi, Bénin. Consulter le document
- Université Assane Seck de Ziguinchor. Caractérisation agro-morphologique de quatre variétés de concombre à Ziguinchor. Consulter la notice
- Allen R. G. et al. (1998). Crop evapotranspiration (Bulletin FAO n° 56). FAO. Consulter le chapitre
- Hirata L. S. Comparative Cost of Teepee-Trellised vs. Non-Trellised Cucumber Production in American Samoa (Technical Report n° 33). Université d’Hawaï. Consulter le rapport
- Hama O., Adamou M. M. et Barage M. (2018). Évaluation de systèmes d’irrigation du gombo et du concombre à Niamey. Agronomie Africaine, 30(1). Consulter l’article
- Mohamadou M. et al. (2025). Optimisation du rendement en champ du concombre par une visite florale d’Apis mellifera à Ngaoundéré (Cameroun). Journal of Animal & Plant Sciences, 64(3). Consulter l’article
- OMAFRA, Ontario. Downy mildew of greenhouse cucumber. Consulter la fiche
- Penn State Extension. Cucumber Production. Consulter la fiche
- Hochmuth R. C. (2018). Greenhouse Cucumber Production (CV268). UF/IFAS Extension. Consulter la publication
- Nagel D. Commercial Production of Cucumbers in Mississippi (IS1512). Mississippi State University Extension. Consulter la fiche
- Kaiser C. et Ernst M. (2017). Cucumber (CCD-CP-93). Université du Kentucky. Consulter la fiche
Pour aller plus loin
- Fiche technique de la culture du concombre : l’itinéraire complet, avec la conduite sous serre et le tableau des maladies.
- Agriculture en Côte d’Ivoire : cacao, anacarde et vivrières : pour replacer le maraîchage dans l’économie agricole ivoirienne.
- Octobre en Côte d’Ivoire : monter une pépinière de laitue sous filet d’ombrage : la même logique d’abri léger, utile pour démarrer un cycle de concombre en fin de saison des pluies.


