Publié : 21 octobre 2026
Vérifié et relu par Royking Niba, Relecteur éditorial, JOGOO Agriculture

La culture de l’oignon en Côte d’Ivoire reste marginale face à une demande massive : selon l’Interprofession oignon de Côte d’Ivoire (IOCI), citée par l’AIP en février 2026, le pays consomme plus de 250 000 tonnes d’oignon par an, et la production nationale n’en couvre qu’environ 5 %. Les importations ont dépassé 295 000 tonnes en 2022 selon les données Trade Map. Ce guide explique où et comment produire l’oignon bulbe dans les savanes du Nord et au Centre, avec les résultats d’essais menés à Korhogo et les objectifs de la filière.

Les bases agronomiques communes (besoins en eau, coefficients culturaux, maladies) sont détaillées dans notre fiche technique de la culture de l’oignon. Cette page s’attache au contexte ivoirien.

Culture de l’oignon en Côte d’Ivoire : les chiffres clés

Indicateur Valeur Source
Consommation nationale Plus de 250 000 t par an IOCI, via AIP (février 2026)
Part couverte par la production locale Environ 5 % IOCI, via AIP (février 2026)
Production locale Environ 9 000 t par an Données FAO citées par Food Business MEA (2024)
Importations 201 000 t en 2018, plus de 295 000 t en 2022 Trade Map, via Food Business MEA (2024)
Sortie de devises Plus de 100 milliards de FCFA par an IOCI, via AIP (février 2026)
Objectif de la filière Couvrir au moins 30 % des besoins d’ici 2030 IOCI, via AIP (février 2026)

Les chiffres de consommation varient selon les sources et les années : l’interprofession avançait 120 000 t en 2021 (Fraternité Matin) et plus de 200 000 t dans une autre dépêche de février 2026. Tous convergent sur un point : la Côte d’Ivoire importe la quasi-totalité de son oignon.

Une forte dépendance aux importations

Selon les données Trade Map reprises par Food Business MEA, les Pays-Bas ont fourni en 2022 plus de 172 500 t, soit près de 60 % des volumes importés ; le Niger et le Burkina Faso environ 34 % ; le Maroc et l’Égypte environ 5 %. Le volume importé a progressé d’environ 10 % par an entre 2018 et 2022. Une étude de l’Université Peleforo Gon Coulibaly (UPGC) de Korhogo rappelle, d’après le RONGEAD, qu’en 2013 l’oignon était déjà le troisième produit alimentaire le plus importé du pays, après le riz et le blé.

L’oignon sahélien est très présent sur le marché ivoirien : la Chambre régionale d’agriculture de Tahoua (Niger) cite Abidjan et le Ghana parmi les principales destinations de son oignon d’hivernage, récolté en novembre-décembre. Le producteur ivoirien doit donc raisonner son calendrier de vente en fonction de ces arrivages.

Où cultiver l’oignon en Côte d’Ivoire ?

Les savanes du Nord

Le cœur de la culture de l’oignon en Côte d’Ivoire se trouve autour de Korhogo, Ferkessédougou et Kong, où l’interprofession accompagnait 58 groupements de producteurs en 2021, en saison des pluies comme en saison sèche (Fraternité Matin). À Korhogo, le climat est soudano-guinéen, avec 1 200 à 1 400 mm de pluie par an, une saison des pluies de mai à octobre et une saison sèche de novembre à avril (UPGC). Le sol de la station expérimentale de l’UPGC est un sol rouge sablo-argileux contenant environ 88 % de sable : un sol léger, drainant, favorable au bulbe mais qui retient peu l’eau.

Le Centre et le Centre-Ouest

Les Cahiers Agricultures notaient dès 2003 que la culture de l’oignon s’étendait jusqu’aux zones humides du centre de la Côte d’Ivoire. En février 2026, l’IOCI a présenté à Binzra les résultats de tests de production d’oignon bulbe conduits dans sept villages du département de Zuénoula : Binzra, Kourefla, Béziaka, Paoufla, Gohifla, Zanhouofla et Bouafla (AIP). Selon l’interprofession, le cycle permet de dégager un revenu en quatre mois environ ; une variété originaire du Niger s’y est montrée particulièrement résistante aux maladies, sans que son nom soit précisé.

Calendrier cultural

L’oignon pousse au mieux avec une température moyenne journalière de 15 à 20 °C (FAO). La saison sèche du Nord, de novembre à avril, est donc la période la plus favorable, à condition d’irriguer. Les essais de l’UPGC à Korhogo ont semé la pépinière en janvier et repiqué au bout de 40 jours. En saison des pluies, la culture reste possible, comme le pratiquent certains groupements du Nord, mais elle demande des planches surélevées et une vigilance accrue contre les maladies du feuillage et des racines.

Sous les latitudes ivoiriennes, la durée du jour reste proche de 12 heures toute l’année : seules les variétés « jours courts », adaptées à 11 à 12 heures de jour selon Texas A&M, forment correctement leur bulbe.

Variétés testées à Korhogo

L’UPGC a comparé cinq variétés achetées sur le marché de Korhogo : Bati, Karibou, Cara, Damani (de type Galmi, violet) et Safari. Ses résultats, publiés en 2022 dans le World Journal of Agricultural Research, distinguent trois groupes :

Groupe Variétés Caractéristiques mesurées
1 Bati et Karibou Germination de 85,65 %, bulbes de 40 g et 4,26 cm de diamètre, rendement de 4,02 kg/m² (soit environ 40 t/ha)
2 Cara et Damani Plants les plus hauts (42 cm), bulbes de 4 cm de diamètre
3 Safari Caractères intermédiaires

Les auteurs recommandent Bati et Karibou aux producteurs de Korhogo. Par ailleurs, le Catalogue ouest-africain des espèces et variétés végétales (COAFEV) liste la Côte d’Ivoire parmi les pays où la variété Texas Early Yellow Grano 502 PRR est inscrite ou diffusée : rendement potentiel de 30 à 55 t/ha, tolérance à la pourriture rose des racines, mais conservation médiocre (2 à 3 mois). L’IOCI souligne que les semences restent largement importées : achetez-les chez des distributeurs agréés, en sachets fermés et datés.

Pépinière et repiquage : les repères de l’UPGC

Deux études de l’UPGC fournissent un protocole testé dans les conditions de Korhogo :

Damani, Karibou et Safari se sont montrées les plus vigoureuses en pépinière au sol ; Damani et Karibou ont aussi bien réussi en alvéoles. Les auteurs conseillent de trier les plants sur leur hauteur et leur nombre de feuilles. En production, la plupart des fiches ouest-africaines espacent un peu plus les lignes (15 à 20 cm) pour faciliter le sarclage.

Irrigation dans le Nord ivoirien

Malgré 1 200 à 1 400 mm de pluie annuelle, la saison sèche de Korhogo dure six mois : l’oignon de saison sèche doit être entièrement irrigué. Dans l’essai de l’UPGC, chaque planche d’1 m² recevait 15 litres d’eau par jour jusqu’à la formation du bulbe. Sur une parcelle commerciale, mieux vaut piloter les apports sur les besoins réels : la FAO chiffre ceux de l’oignon à 350 à 550 mm sur le cycle et recommande des apports légers tous les 2 à 4 jours, sans jamais laisser le sol se dessécher pendant le grossissement du bulbe.

Sur un sol à 88 % de sable, l’eau s’infiltre vite et entraîne les engrais. Le goutte à goutte limite ces pertes et garde le feuillage sec, ce qui réduit les maladies foliaires. Avant d’équiper vos planches, lisez notre article sur les erreurs qui font échouer les petits périmètres en goutte à goutte.

Fertilisation

La FAO estime les besoins d’une bonne culture d’oignon à 60 à 100 kg d’azote, 25 à 45 kg de phosphore et 45 à 80 kg de potassium par hectare. Les essais de l’UPGC reposent sur du compost et un NPK 15-15-15 au lit de semis, mais ne publient pas de programme d’entretien au champ. À titre de repère régional, le guide nigérien du PRODEX recommande 20 t/ha de matière organique décomposée et 100 kg/ha de 15-15-15 en fond, puis 100 kg/ha de 15-15-15 répartis entre le 40e jour après repiquage et le début de la bulbaison. Sur les sols sableux du Nord, fractionnez davantage et faites analyser le sol. Notre article sur l’engrais NPK 15-15-15 aide à convertir ces doses en sacs.

Ravageurs et maladies selon la saison

Prévention : semences saines, rotation de trois ans au moins sans oignon, planches drainantes, irrigation au pied. En cas de traitement, utilisez uniquement des produits homologués en Côte d’Ivoire, à la dose et avec le délai avant récolte de l’étiquette, et portez un équipement de protection.

Récolte, stockage et mise en marché

Récoltez quand la majorité des feuilles sont couchées, aux heures fraîches, puis laissez ressuyer les bulbes au moins 48 heures à l’ombre ventilée avant tri (PRODEX). En climat chaud et humide, le stockage est délicat : l’Université de Californie à Davis indique que les températures entre 5 et 25 °C favorisent la germination, et la moisissure noire (Aspergillus niger) se développe au-dessus de 15 °C. Sans chambre froide, comptez sur un magasin sec, très ventilé, avec les bulbes en couche mince sur claies, et sur des variétés de bonne conservation.

Le marché, lui, est largement ouvert. Les Cahiers Agricultures (2003) décrivaient déjà un marché abidjanais de l’oignon dominé par l’oignon nigérien, avec un chiffre d’affaires annuel proche de 5 milliards de FCFA à l’époque.

Les acteurs de la filière

Nous n’avons pas trouvé de programme public chiffré consacré spécifiquement à l’oignon ; les objectifs publiés sont ceux de l’interprofession. Pour les conseils de terrain, rapprochez-vous des conseillers agricoles de votre zone et de l’IOCI.

La culture de l’oignon en Côte d’Ivoire se joue donc sur trois leviers : la maîtrise de l’eau en saison sèche, la qualité des semences et le stockage. Pour équiper une parcelle d’un forage, d’un pompage solaire et d’un goutte à goutte, demandez un devis à nos équipes. Pour situer l’oignon parmi les autres filières, voir aussi notre dossier agriculture en Côte d’Ivoire.

Questions fréquentes

Peut-on cultiver l’oignon en Côte d’Ivoire ?

Oui. La production est concentrée autour de Korhogo, Ferkessédougou et Kong, et des tests réussis ont été présentés à Zuénoula en février 2026. Elle ne couvre toutefois qu’environ 5 % des besoins du pays.

Quand planter l’oignon dans le Nord de la Côte d’Ivoire ?

De préférence en saison sèche, de novembre à avril, avec irrigation. À Korhogo, les essais de l’UPGC ont semé la pépinière en janvier et repiqué après 40 jours.

Quelle variété d’oignon cultiver en Côte d’Ivoire ?

À Korhogo, l’UPGC recommande Bati et Karibou, qui ont donné environ 4 kg de bulbes par m² en essai. Le COAFEV liste aussi Texas Early Yellow Grano 502 PRR pour le pays.

Combien d’oignon la Côte d’Ivoire importe-t-elle ?

Plus de 295 000 t en 2022 selon Trade Map, dont près de 60 % en provenance des Pays-Bas et environ 34 % du Niger et du Burkina Faso.

Quelle quantité de semences d’oignon par m² en pépinière ?

L’UPGC recommande 4 g de semences par m² pour une pépinière au sol à Korhogo. En plateaux alvéolés, l’essai a semé 3 graines par alvéole.

La culture de l’oignon en Côte d’Ivoire est-elle rentable ?

Le marché est large, car la production locale ne couvre qu’environ 5 % de la demande. Selon l’IOCI, une productrice peut dégager un revenu important en un cycle d’environ quatre mois, à condition de maîtriser l’eau et le stockage.

Sources

Pour aller plus loin

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